Syndicat unifiant tous les personnels de l’Éducation nationale du Val-d’Oise, de la maternelle au lycée.

L’inclusion ne peut se faire sans moyens, ni au détriment de la sécurité et de la dignité. Grève au groupe scolaire Pierre Curie de Pierrelaye

Vendredi 13 février, tous les enseignants de l’école Pierre Curie étaient en grève. Le syndicat CGT Educ’action 95 était avec eux toute la matinée pour les soutenir, commencer à analyser la situation, poser des revendications et esquisser des propositions.

Ce mouvement n’est ni un geste d’abandon, ni un refus de l’inclusion. C’est un appel à l’aide, un cri d’alarme face à une situation devenue ingérable, dangereuse, et humainement insoutenable. Rien n’a permis d’apaiser durablement la situation.

Le constat est celui de souffrances : souffrances de l’enseignante violentée dans son corps, en arrêt maladie, et violentée dans sa tête de ne pas pouvoir assumer sa mission de protéger et d’enseigner ; la souffrance de l’enfant devant une société pas assez contenante pour lui permettre de trouver sa place et d’apprendre ; souffrance de sa famille de voir son enfant dans cet état ; souffrance du quartier qui en est le témoin démuni ; et souffrance de l’école qui se sent démunie et méprisée.

L’équipe est soudée, engagée, mais ne peut plus porter seule ce que la hiérarchie ne prend pas en charge. Elle a essayé tous les dispositifs « mis en œuvre » par l’Education Nationale : équipes mobiles du pôle ressource, aménagements pédagogiques, spatiaux et temporels, mise en place de renforçateurs, sollicitation de la cellule des cas complexes, alerte sociale … Force est de constater que tous ces dispositifs n’ont pas donné de résultats durables.

Une responsabilité institutionnelle

Cette situation n’est pas isolée. Elle est emblématique d’une politique néolibérale qui fragilise l’école, le soin et le social : pénurie de personnels, désengagement des services publics, réduction du soin à des protocoles, des tests, des orientations impossibles à obtenir.

A cette époque, la psychologue scolaire dédiée à cette école pouvait entamer elle-même les soins psychiques avec l’enfant à l’intérieur de l’école. Et cela changeait tout ! Bien sûr, si nécessaire, elle dirigeait ensuite les enfants vers des structures adaptées.

Aujourd’hui, la réponse attendue de l’Education Nationale est que les psychologues scolaires fassent passer des tests aux enfants : ceci est une tout autre position par rapport à l’enfant ! « Je vais détecter tes troubles pour que d’autres t’aident (si tes parents ont le temps, l’argent, le moyen de transport…, s’il y a de la place…) »

Ce n’est plus l’enfant entier qui est pris en considération, ce sont surtout les manques supposés de son cerveau ! (Gonon 2024) Ce n’est plus sa situation humaine et sociétale qui est écoutée et prise en compte !

Ce matin à Pierre Curie, comme depuis bien longtemps, les enseignants ont le sentiment d’être ignorés par ceux-là même qui devraient leur donner des moyens pour comprendre ces enfants : le monde des soignants de la pédopsychiatrie. Cette pédopsychiatrie est dans le même état : saturée, démunie, sous-financée, contrainte parfois à la contention plutôt qu’au soin.

Or ce monde fait face aux mêmes difficultés et obstacles que l’Education Nationale : quantitatifs par le manque criant d’investissements humains et matériels ; qualitatif car l’enfant est de plus en plus vu comme un objet à normaliser au lieu de le considérer comme un enfant-sujet relationnel et évolutif. Ainsi, le soin est de plus en plus remplacé par la contention médicamenteuse et ou physique (Alerte de la défenseuse des droits et des libertés).

Par manque de temps et de méthode, ces deux mondes ne mettent pas en complémentarité leurs gestes professionnels, leurs savoirs d’action, leurs stratégies, dans le respect des déontologies de leurs métiers. Quelle synergie pourrait-on obtenir s’ils se mettaient ensemble pour approcher la logique de l’enfant (est-il nécessaire de rappeler que chaque enfant est particulier), et imaginer les conditions qui peuvent lui permettre de voir à partir de quoi il peut se développer, de se voir en développement !

Face à cette impasse, la CGT Éduc’action 95 exige une approche systémique, humaine et protectrice et revendique :

· un poste d’aide relationnelle dans l’école,

· la reconnaissance du travail clinique des psychologues scolaires et du temps correspondant,

· une salle de ressourcement pour les enfants, avec un adulte qualifié,

· l’intervention de professionnels paramédicaux à l’intérieur de l’école, comme cela se pratique en Belgique,

· une formation des personnels au développement affectif et relationnel, et aux théories qui sous-tendent les représentations de l’enfant à partir de leur observation,

· des réunions régulières avec les équipes médicales,

· la reconnaissance et titularisation des AESH,

· l’arrêt de la « mutualisation » destructrice (PIAL, PAS),

· des temps d’analyse collective accompagnés par des professionnels formés.

Nous n’y arrivons pas seuls et ce n’est pas un échec.

C’est le signe qu’il faut autre chose que des rustines venant d’une institution à bout de souffle.

La CGT Éduc’action 95 s’engage à :

  • soutenir les équipes,
  • porter leurs revendications,
  • construire des solutions sans menaces, sans culpabilisation, sans abandon.

L’inclusion ne peut pas être un slogan.
Elle doit être un droit réel, sécurisé et accompagné.