À Sarcelles,
Le 01 octobre 2026
Nos ancien·nes élèves se battent pour leur avenir : nous sommes à leurs côtés
Depuis plus d’une semaine, des lycéennes et des lycéens du Val-d’Oise et de toute la banlieue parisienne se mobilisent contre le manque de moyens : Sarcelles, Garges, Gonesse, Cergy, Beaumont-sur-Oise, Saint-Ouen-l’Aumône, Taverny, Saint-Denis, Aubervilliers, Créteil… Devant les lycées Maryse Condé et Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles, beaucoup de ces jeunes sont nos ancien·nes élèves. Nous les avons accompagné·es pendant quatre ans. Aujourd’hui, nous les voyons se lever pour réclamer ce qui devrait aller de soi : le droit d’étudier dans des conditions dignes.
Face à ces jeunes, l’État a choisi la matraque plutôt que le dialogue.
Des dizaines de camions de CRS ont été déployés devant des lycées. Des élèves ont été pris dans des nasses et gazés à bout portant. Ils et elles ont subi des charges violentes, dont certaines ont renversé des professeur·es présent·es à leurs côtés. Des interpellations ont eu lieu, dont une avec étranglement. Des élèves ont reçu des coups à la tête et l’un d’entre eux a dû être évacué par le SAMU. À Taverny et à Saint-Ouen-l’Aumône, des jeunes ont été blessés. Ce sont des adolescent·es qui demandent une école à la hauteur. Nous condamnons avec la plus grande fermeté ces violences, qu’aucune situation ne justifie.
Mais cette violence visible ne tombe pas du ciel.
Elle prolonge une autre violence, silencieuse et bien plus ancienne : celle que ces jeunes subissent depuis toujours de la part d’un système qui les traite comme des élèves de seconde zone. Ce sont des classes surchargées, qui montent jusqu’à 40 élèves au lycée. Ce sont des professeur·es et des personnels absent·es qui ne sont pas remplacé·es, des emplois du temps déséquilibrés et du matériel qui manque. Ce sont des discriminations sociales et territoriales qui leur font comprendre, jour après jour, que leur avenir compte moins parce qu’ils habitent dans nos quartiers. L’égalité républicaine s’arrête trop souvent aux portes de nos villes.
Cette violence invisible, nous la connaissons, car elle frappe aussi notre collège.
Jean Lurçat est un établissement de l’éducation prioritaire (REP+). Nos élèves devraient donc recevoir davantage de moyens, et l’institution fait exactement l’inverse :
- La dotation « Devoirs faits » s’est effondrée. Nous disposions de 1 400 heures l’an dernier, soit plus de 460 heures par trimestre. Nous n’en avons que 102 pour ce premier trimestre : près de 80 % de moins.
- Devoirs faits ne concerne plus que les 6e, là où la loi le rend obligatoire. Les élèves de 5e, 4e et 3e n’y ont plus accès.
- L’Aide au travail personnalisé du mercredi après-midi disparaîtra après les vacances d’automne. C’était pourtant un dispositif qui fonctionnait et qui accueillait de nombreux élèves volontaires, en particulier des élèves en difficulté.
Dans le même temps, l’institution a retenu notre collège pour le dispositif « Collèges en progrès ». Elle nous demande de meilleurs résultats au DNB et la réussite de toutes et tous, alors même qu’elle nous retire les moyens d’y parvenir. Et pendant que l’on économise sur l’accompagnement de nos élèves, on trouve des milliards pour les dépenses militaires. Ce n’est pas une fatalité comptable. C’est un choix politique, et c’est notre jeunesse qui en paie le prix.
Les lycéen·nes qui se battent aujourd’hui sont les collégien·nes pour qui nous nous battions hier : grèves, mobilisations, motions en conseil d’administration… nous n’avons jamais cessé de réclamer pour eux les moyens de réussir. Ce que l’institution leur refusait au collège, elle continue de le leur refuser au lycée. Et les élèves que l’institution prive aujourd’hui d’accompagnement seront les lycéen·nes qui manqueront de tout demain. Leur combat est le nôtre, et il l’a toujours été.
En conséquence, les personnels mobilisés du collège Jean Lurçat :
- apportent leur soutien plein et entier à la mobilisation lycéenne et à ses revendications légitimes ;
- condamnent fermement les violences policières exercées contre des élèves et contre les adultes qui les accompagnent. Ils exigent que toute la lumière soit faite sur ces faits et qu’aucun·e élève ne soit sanctionné·e pour s’être mobilisé·e ;
- dénoncent avec la même force la violence invisible et systémique que subissent depuis des années les jeunes de nos quartiers : manque de moyens, classes surchargées, enseignant·es non remplacé·es, discriminations sociales et territoriales. Cette violence-là fait moins de bruit, mais elle n’en est pas moins réelle, et elle doit cesser elle aussi ;
- exigent le rétablissement immédiat des heures d’accompagnement supprimées dans notre collège et un investissement massif dans l’école publique, en commençant par les territoires qui en ont le plus besoin ;
- appellent l’ensemble des personnels des collèges et lycées du Val-d’Oise à se rassembler aux côtés de leurs élèves.
Toutes les violences faites à notre jeunesse doivent cesser : celle des gaz lacrymogènes et des matraques, qui s’est abattue sur nos ancien·nes élèves ces derniers jours, mais aussi celle, invisible et systémique, qu’ils subissent depuis toujours. C’est la violence d’un système qui les prive des moyens de réussir, les relègue dans des établissements sous-dotés et leur fait sentir, année après année, que leur avenir compte moins que celui des autres. C’est cette violence-là qui a poussé ces jeunes dans la rue, et c’est à elle qu’il faut mettre fin.
Ce ne sont pas nos élèves qu’il faut faire taire. Ce sont leurs conditions d’étude qu’il faut changer.
Les personnels et représentant·es des parents d’élèves mobilisé·es du collège Jean Lurçat, Sarcelles
