Syndicat unifiant tous les personnels de l’Éducation nationale du Val-d’Oise, de la maternelle au lycée.

Réunion des directeurs avec le DASEN : chronique d’une lucidité très encadrée

Après des remerciements appuyés pour le travail des directrices et directeurs — travail reconnu comme « pas simple », ce qui, dans le vocabulaire institutionnel, équivaut à une standing ovation — la réunion débute par la présentation des IEN chargés de mission, chaleureusement applaudis. L’enthousiasme institutionnel reste manifestement une ressource renouvelable.

Le DASEN explique que les tensions avec les parents s’inscrivent dans un contexte sociétal où nous ferions face à des usagers disposant de plus de droits que de devoirs. Une analyse macro bienvenue, qui a le mérite de déplacer le problème sans jamais interroger l’institution elle-même ni les politiques publiques qui transforment progressivement l’École en service.

Car derrière cette rhétorique se dessine un système éducatif de plus en plus libéral-autoritaire, où l’on fabrique des marchés et des clients, pendant que les personnels tentent simplement de faire classe.

Depuis 2021, la démographie scolaire baisse et atteindra –2600 élèves à la rentrée 2026. Une donnée présentée comme justifiant logiquement les suppressions de postes.

Mais mieux encore : cette baisse serait une bonne nouvelle pour les classes dédoublées… qui n’ont toujours pas de salles. La contrainte devient opportunité, pour peu qu’on dispose de suffisamment de graphiques pour le démontrer.

Les suppressions sont ainsi habillées de beaux chiffres et de beaux tableaux, dans une parfaite illustration de la doxa gouvernementale : quand les moyens diminuent, la communication augmente.

Quant à la promesse d’une moyenne nationale de 21 élèves par classe, elle prendra du temps. Probablement le temps d’un nouveau gouvernement.

Le DASEN explique qu’il recherche l’équilibre et l’équité sur le département. Il précise qu’il aurait pu fermer 120 postes mais que, dans sa grande mansuétude, seuls 41 seront supprimés.

Une démonstration éclatante de cette nouvelle grammaire managériale où l’austérité devient un geste de modération.

Car rappelons-le : l’inclusion de qualité impose une baisse des effectifs, indépendamment de la démographie. C’est donc une chance dont il faudrait se saisir. Et logiquement… pas une seule fermeture ne devrait être envisagée.

L’équilibre territorial invoqué repose sur une logique de gestion qui confond justice sociale et ajustement comptable. Derrière l’équité proclamée, ce sont surtout les territoires les plus fragiles qui continuent d’absorber les tensions du système.

Le remplacement est présenté comme une priorité avec 8 % de remplaçants et +51 ETP en deux ans. Les classes non remplacées seraient quatre fois moins nombreuses.

Les chiffres sont rassurants. Le terrain l’est beaucoup moins.

Moment de lucidité : le DASEN reconnaît que le système arrive à la limite.

6912 élèves notifiés pour 1949 AESH.

La réponse reste structurelle : déploiement des PAS, ajout de postes dans les PIAL.

Mais les dispositifs ne sont ni psychologues cliniciens, ni psychomotricien·nes. Ils ne remplacent pas le travail relationnel indispensable.

Aujourd’hui, l’institution répond trop souvent par une logique de « dispositif », qui relève davantage d’une médecine vétérinaire que d’une approche éducative et clinique. La contenance n’est pas la contention.

Un enfant en inclusion n’est pas un objet à normaliser mais un sujet à accompagner dans un environnement suffisamment sécurisant et évolutif.

La recette de l’injonction coûte moins cher que celle du relationnel. Mais sa doctrine amplifie les dégâts.

Face aux situations de violence, la réponse reste procédurale : EMPR, DAPPMS, cellule complexe, brigade de soutien.

Une succession de dispositifs qui donne l’impression d’une prise en charge… sans jamais traiter la racine des difficultés : manque de moyens humains, manque de formation, manque de temps.

Le DASEN reconnaît que l’expression « école cible » était maladroite — l’institution se serait « pris les pieds dans le tapis ».

Il rassure : la réussite des élèves n’est pas liée à la qualité des enseignants et personne ne doit se sentir jugé. « On n’est pas chez McDo ici ».

Dont acte.

Mais dans ce cas, tirons les conséquences :
– fin des évaluations nationales
– fin des évaluations d’école – fin du pilotage par des indicateurs non scientifiques – fin du management par les chiffres

Car on ne peut pas simultanément affirmer qu’il n’y a pas de classement et multiplier les outils de comparaison.

Au fil de la réunion, une impression persiste : celle d’un discours oscillant entre lucidité ponctuelle et méthode Coué institutionnelle.

Reconnaître les limites tout en poursuivant les mêmes politiques.

Constater les tensions tout en réduisant les moyens.

Saluer l’engagement des équipes tout en renforçant le pilotage par indicateurs.

Cette réunion aura au moins eu le mérite de clarifier une chose : les personnels sont reconnus, soutenus, remerciés… mais devront continuer à absorber les contradictions d’un système piloté par la contrainte budgétaire.

Derrière les discours d’équité et d’accompagnement, la réalité reste celle d’une école sommée de compenser les effets de politiques austéritaires tout en maintenant l’illusion d’une amélioration continue.

Et pendant que les graphiques progressent, le terrain, lui, s’épuise.