Syndicat unifiant tous les personnels de l’Éducation nationale du Val-d’Oise, de la maternelle au lycée.

Lycée professionnel : toujours moins pour ceux qui en ont le plus besoin !

A quelques jours d’un bac pro nouvelle formule, la CGT Educ’action du Val-d’Oise souhaite revenir sur l’historique de cette contre-réforme imposée sans concertation. 

Voulue par le chef de l’Etat – grand spécialiste s’il en est du lycée professionnel – et pour répondre aux seuls besoins de l’économie capitaliste, cette réforme réduit toujours plus le temps de formation des élèves avec notamment un bac avancé de 6 semaines sur le modèle de ce qui a pourtant été abandonné pour le lycée général et technologique. 

Il ne s’agit plus de former des professionnel·les mais bien des simples exécutant·es devant répondre aux exigences du marché de l’emploi. Nous sommes loin d’un projet émancipateur !

Plus globalement, la réforme de la voie pro est une bonne illustration de l’Ecole voulue par les gouvernements successifs et mise en place par une hiérarchie complice : mise au pas des élèves et des personnels, inégalités croissantes, « pilotage » par la prime pour faire exploser les collectifs de travail, place croissante de l’entreprise… 

La CGT Educ’action continue d’exiger l’abrogation de la réforme et revendique un plan d’urgence pour la voie professionnelle qui accueille 1/3 des lycéens.

Si l’Ecole est souvent au cœur des enjeux de la société, le lycée professionnel en est (trop) souvent le grand oublié. Nous avions pourtant eu le droit il y a près de deux ans à une prise de parole présidentielle. L’heure était donc grave car l’angle mort de l’éducation – qui accueille pourtant 1/3 des lycéens – se retrouvait sous les lumières de la présidence. Rien que ça ! C’était il y a près de deux ans déjà. Une bonne nouvelle ? Non ! Macron et son administration n’avaient en réalité rien compris à la réalité du lycée professionnel. Une surprise ? Non ! Il suffisait pour cela de lire son programme.

La logique présidentielle dans la droite ligne de ses réformes depuis 2017 s’inscrit dans une volonté d’adapter la formation professionnelle dans son acceptation large aux besoins du marché du travail. Madame Borne, actuelle ministre de l’éducation, n’a-t-elle pas affirmé que le projet d’orientation devait se construire dès la maternelle ? « Adapter aux besoins du marché du travail« , l’expression n’est pas anodine. La notion de marché renvoie en effet à l’offre et la demande. 

La demande, ce sont les emplois disponibles au sein de notre économie proposés par les entreprises principalement. Cette offre varie en fonction de la santé de ces mêmes entreprises, des bassins d’emploi, des dynamiques macro et micro économiques. Le bassin d’emploi de la région parisienne n’est pas celui de la Creuse. Les logiques industrielles ne sont pas les mêmes d’une région à une autre et sont en perpétuel mouvement.

L’offre, pour revenir à la notion de marché du travail, ce sont les élèves que nous formons au sein des lycées professionnels, soit un jeune sur trois. Dans sa vision utilitariste du monde, « libérale » pour reprendre un terme économique, Macron ne pense pas l’éducation. Il ne pense pas temps d’apprentissage, pédagogies ou rythme des établissements. Il réfléchit en termes d’efficacité, de rentabilité, de réponses au besoin du marché.

C’est bien là que le bât blesse. Car l’éducation ne doit évidemment pas, pour être optimale en terme de construction de l’individu, être pensée selon un fonctionnement économique. Néanmoins, Il ne s’agit pas de faire œuvre d’une naïveté que l’on serait en droit de nous reprocher. Le lycée professionnel doit former des professionnels. Mais, il forme aussi de futurs individus, acteurs dans leur entreprise certes, mais aussi dans leur vie personnelle dans notre vie collective démocratique. Moins former à la baisse des futurs professionnels, c’est prendre le risque de l’irresponsabilité sociale. Certes, cela peut répondre aux exigences d’un patronat qui demande toujours plus de soumission et d’allégeance au taux de profit mais cela ne rend pas service à notre société qui doit relever des enjeux colossaux dans les prochaines années. 

On ne peut décemment utiliser les pires mots de notre vocabulaire pour décrire notre jeunesse (cf : « l’ensauvagement ») et dans le même temps réduire toujours plus les possibilités d’émancipation offertes par une éducation de qualité.

Le lycée professionnel accueille, sans sélectionner (c’est notre mission de service public) les élèves les plus fragiles, car issus des catégories socio-professionnelles les moins favorisées et avec un pourcentage plus élevé que dans la filière générale d’élèves porteurs de handicaps… Il est donc le laboratoire rêvé des possibles pour permettre à tout·es de trouver sa voie. Or, les différentes réformes, menées sans concertation aucune avec les experts de terrain que sont les personnels des établissements, à marche forcée,  vont dans le sens inverse :

  • Réduction des moyens d’enseignement : perte d’une année pour le bac pro en 2009, augmentation des PFMP, réduction de l’année de terminale (2025).
  • Renforcement du lien avec les entreprises : mise en place d’un bureau des entreprises, place croissante de l’apprentissage au détriment de la formation initiale.
  • Casse des collectifs de travail : mise en place à marche forcée du fonctionnement en  « Pacte », au détriment d’une véritable revalorisation salariale.

Nous essuyons cette année les plâtres de la mise en place d’un nouveau calendrier pour la classe de Terminale. Loin d’une réelle prise en compte des besoins des élèves et sur le modèle du bac Blanquer, il s’agit de réduire de près de 6 semaines le temps d’apprentissage des élèves pour leur permettre de suivre – au choix – un module de préparation au BTS ou un stage de professionnalisation rémunéré. Sur le papier, on signe. Dans les faits, on déchante. Loin de l’affichage médiatique, cette énième contre-réforme de la voie professionnelle s’est construite loin des réalités du terrain que nous, les professionnels, connaissons mais dans des cabinets avec des conseillers qui ne se sont jamais de près ou de loin approchés d’un établissement professionnel. Ces mêmes conseillers qui refuseraient de mettre leur propre enfant dans les lycées professionnels qu’ils participent à détruire. Même notre hiérarchie intermédiaire (inspecteur et chef d’établissement), pourtant peu courageuse, est dans l’incapacité de défendre cette énième réforme. Et l’on comprend pourquoi !

Cette situation participe à la montée d’un sentiment d’abandon. 

Abandon des personnels : l’impression terrible de ramer contre le courant,  de vider la mer avec une cuillère si l’on veut filer la métaphore. Les affectations des personnels au sein des lycées professionnels  se font en dernier, après celles en filière générale, laissant des trous béants dans les emplois du temps des classes par manque de personnels disponibles. Par conséquent, les élèves perdent des centaines d’heures de cours. Cela participe à la réduction du temps de formation mais reflète aussi le fait que la situation de la voie professionnelle n’est pas réellement prise au sérieux. L’enjeu pour le gouvernement, c’est le lycée général où les parents sont beaucoup plus présents et en capacité de faire pression sur les bonnes personnes de notre administration.

Abandon des élèves, surtout, qui sont parfaitement conscients que l’on se paie leur tête. Ces heures de cours perdues sont autant de temps libéré durant lequel où l’on ne peut réellement se construire aussi bien scolairement que socialement. Comment penser une épreuve d’histoire ou de français, un examen de pratique quand le prof manque dans la matière et que l’on a perdu des centaines d’heures de cours ? Il n’est pas inutile de rappeler qu’au sortir du collège, les élèves des lycées professionnels sont les plus fragiles scolairement  et qu’il est donc impératif pour les personnels d’opérer avec elles et eux un long travail de remise en confiance. Bien des choses devraient être développées à ce sujet mais là n’est pas notre propos central.

Nous sommes à quelques jours des épreuves de ce bac nouvelle formule. Des épreuves ponctuelles à partir du 12 mai puis un oral et une dernière épreuve fin juin. Les premiers retours sont plus qu’inquiétants avec des épreuves blanches illustrant l’impréparation de nos élèves, leur absence d’appréhension de ce nouveau parcours que personne n’est en capacité -ou refuse- de penser. Alors bien sûr, les résultats ne seront pas catastrophiques ; les différentes inspections vont mettre la pression sur les collègues pour rattraper les notes. Le concept de « bienveillance » si cher à l’Education Nationale qui s’entête à le dévoyer toujours plus, va encore être complètement distordu, pour permettre de « noter large ». 

Il nous semble alors fondamental de s’interroger sur le sens d’un bac où trop d’élèves auront des connaissances bien maigres, une maîtrise des langues insuffisante, des connaissances professionnelles partielles. Car c’est aussi entretenir auprès de ces mêmes élèves le mensonge que dans le marché du travail – on y revient – ils seront en position de force, en situation d’affirmer leurs demandes, de soutenir leurs revendications, salariales ou autres. Or, nous savons toutes et tous que ce n’est pas le cas : cette énième réforme dans le domaine de l’Education n’est certes pas là pour accroître l’émancipation de nos élèves face aux patrons et leur capacité à construire leurs revendications en termes de salaires ou de conditions de travail.  

Il est impératif de changer complètement de logiciel (à commencer par se débarrasser de la novlangue manipulatrice chère à notre classe politique) et d’envisager enfin une réelle réforme – Révolution – de l’enseignement professionnel. Cela passe par l’abrogation de la précédente pour revenir sur des bases solides ! Cela passe enfin par un véritable plan d’urgence pour l’enseignement professionnel.