Communiqué des personnels mobilisés du collège Paul Éluard de Garges-lès-Gonesse
Mardi 27 janvier, dès 8 heures, une importante opération policière a été déployée à l’entrée du collège, avec trois voitures de police. Les sacs et poches des élèves ont été fouillés par la police aidée de leur lampe torche, De nombreux-ses élèves ont exprimé, en classe, la surprise, le choc et la peur à la suite de ce contrôle, parfois brutal, qui leur a donné l’impression d’être considérés comme des délinquants, alors qu’ils et elles ne faisaient que se rendre à l’école comme tout enfant de leur âge.
Cette opération s’effectue dans un contexte : depuis quelques années maintenant, la préfecture du Val d’Oise multiplie les opérations de contrôle des élèves, à grand renfort de communication sur les réseaux sociaux. Si jusqu’à présent, les lycées étaient prioritairement visés par la police, ce sont aujourd’hui des collèges comme le nôtre, situé en zone d’éducation prioritaire, qui sont touchés.
Quelle que soit la situation ou les éventuelles enquêtes en cours, il n’est pas tolérable que plusieurs centaines d’élèves soient pris-es au dépourvu et humilié-es un matin en se rendant en cours. Il n’est pas normal, à 11 ans, de voir ses affaires fouillées et parfois vidées au sol par des adultes armés qui ne prennent même pas la peine d’expliquer la raison de leur présence.
Ces pratiques sont inadmissibles et doivent cesser immédiatement. L’école n’a pas pour mission de tenir les élèves à disposition de la police, elle doit être un lieu d’apprentissage et d’émancipation, permettant à chaque enfant d’y évoluer en sécurité sans être inquiété•es par des hommes armés.
Ces contrôles, dont l’efficacité dans la prévention de la violence n’a pas été démontrée, sont d’autant plus intolérables qu’ils n’ont dans leur méthodologie pour objectif que de soumettre les habitant-es des quartiers populaires. Les problèmes de délinquance, parfois réels, sont continuellement utilisés pour punir une population dans son ensemble.
En effet, dès le plus jeune âge, nos élèves sont témoins et parfois victimes du quadrillage policier du territoire, de leurs insultes et de contrôles au faciès parfois violents. Nous avons d’ailleurs encore en mémoire le passage à tabac dénoncé par un de nos anciens élèves suite à un contrôle l’été dernier. Nous rappelons que la dernière étude de 2025, sur les relations entre police et la population, menée par le Défenseur des droits publics, confirme que « certains groupes sociaux restent surexposés au risque d’être contrôlés et d’être confrontés à des comportements non professionnels. Il s’agit notamment des jeunes perçus comme noirs, arabes ou maghrébins ou des personnes se déclarant non-hétérosexuelles ».
Pour toutes ces raisons :
- Nous refusons d’être des supplétifs de la police
- Nous dénonçons la multiplication des dispositifs de contrôle de la jeunesse, que ce soit par ces méthodes, imposant la peur et la soumission, par le SNU et le service militaire volontaire ou par la promotion des carrières militaires dans l’éducation
- Nous demandons de véritables moyens dans la prévention des violences : présence en nombre suffisant de personnels médicaux, sociaux et éducatifs dans l’établissement
- Nous exigeons que cessent ces politiques discriminatoires de harcèlement des populations racisées et précarisées
