Syndicat unifiant tous les personnels de l’Éducation nationale du Val-d’Oise, de la maternelle au lycée.

Manifeste des AESH CGT du Val-d’Oise

Intervention lue devant la DSDEN lors de la mobilisation du 31 mars.

À vous, parents.
À vous, enseignants.
À vous, professionnels de la santé.
À vous, représentants de l’Éducation nationale.

Nous voulons vous parler d’un enfant.

Un enfant qui entre en classe avec une boule au ventre.
Un enfant qui ne comprend pas toujours, qui se sent en décalage, qui doute de lui.
Un enfant qui a besoin d’aide pour apprendre, pour se concentrer, pour simplement être là.

Cet enfant, vous le connaissez.
Peut-être que c’est le vôtre.
Peut-être que c’est votre élève.
Peut-être que c’est un enfant que vous accompagnez.

Mais cet enfant, chaque jour, tient debout grâce à quelqu’un.
Grâce à nous.
Nous sommes AESH.

Nous sommes celles et ceux qui s’assoient à côté de cet enfant.
Qui reformulent, qui rassurent, qui encouragent.
Qui accueillent ses peurs, ses colères, ses silences.
Qui l’aident à ne pas abandonner.

Et parmi ces enfants, il y en a certains que l’on ne voit pas toujours,
ceux dont les difficultés sont immenses.

Je pense à cet enfant avec des troubles autistiques.

Un matin, la classe est trop bruyante.
Les chaises grincent. Les voix montent. Les cahiers tombent.
Et soudain, tout devient trop.

Il se met les mains sur les oreilles.
Sa respiration s’accélère.
Il ne comprend plus ce qui se passe.
Le monde devient agressif.

Puis la crise arrive.

Il crie. Il pleure. Il se replie.
Parfois, il devient violent, sans le vouloir.
L’AESH reçoit parfois des coups en essayant de le protéger.
Et les regards se tournent.
Certains ne comprennent pas.
Certains jugent.

Et là.il n’y a qu’une personne à côté de lui.

Une seule L’AESH.

Celle qui reste calme quand tout déborde.
Celle qui parle doucement quand plus rien n’est audible.
Celle qui protège, qui rassure, qui attend que la tempête passe.

Celle qui connaît ses signes, ses peurs, ses limites.
Celle qui permet à cet enfant de rester dans la classe.
de rester avec les autres.
de rester à sa place.

Sans elle, que se passe-t-il ?

L’enfant sort.
L’enfant est mis à l’écart.
L’enfant est exclu encore une fois.

Alors cette question est pour vous tous :

Parents, accepteriez-vous que votre enfant soit laissé seul face à ses difficultés ?
Enseignants, pouvez-vous porter seuls ces situations sans accompagnement ?
Professionnels de santé, combien de fois recommandez-vous un accompagnement… qui n’est pas à la hauteur ?
Éducation nationale, pouvez-vous parler d’inclusion sans donner les moyens de la rendre réelle ?

Car pendant que nous accompagnons ces enfants,
nous, nous vivons dans l’incertitude.

Salaires insuffisants.
Temps partiels imposés.
Contrats précaires.
Absence de statut clair.
Manque de formation.

On nous demande des compétences immenses.
Une patience infinie.
Une solidité émotionnelle à toute épreuve.

Mais sans reconnaissance.
Sans stabilité.
Sans respect à la hauteur.

Nous donnons de la stabilité aux élèves,
mais nous n’en avons aucune dans nos propres vies.

Est-ce cela, l’école inclusive que nous voulons ?

Une école qui repose sur l’engagement… mais jamais sur des moyens dignes ?

Nous ne sommes pas un “plus”.
Nous sommes un pilier.

Et aujourd’hui, nous avons besoin de vous.

Parce que ce combat n’est pas seulement le nôtre.
C’est celui des enfants.
C’est celui des familles.
C’est celui de tous les professionnels qui croient en une école pour tous.

Nous demandons :
– un vrai statut
– un salaire digne
– des conditions de travail respectueuses
– une reconnaissance réelle
– une formation à la hauteur des besoins des élèves

Nous demandons simplement de pouvoir continuer à faire notre métier… dignement.

Alors nous vous le disons, à vous, Éducation nationale :

Vous ne pouvez pas construire une école inclusive
sur la précarité de celles et ceux qui la rendent possible.

Parce qu’à force de nous ignorer,
ce ne sont pas seulement des professionnels que vous abandonnez,ce sont des enfants.

Et une société qui abandonne ses enfants
abandonne son avenir.

Si nous nous battons aujourd’hui avec autant de force, c’est pour qu’aucun enfant, un jour, n’ait à comprendre qu’il était de trop dans une salle de classe.

Collectif AESH CGT Educ’action 95