Pour Noël, le gouvernement et le ministre de l’Éducation nationale ne nous ont pas oubliés et ont pondu un nouveau plan pour soi-disant lutter contre les difficultés scolaires. On a l’habitude de ce verbiage pompeux — « Agir collectivement pour la réussite de tous les élèves : accompagner les collèges les plus exposés à la difficulté scolaire » — et nous le savons : ce sont bien des attaques qui se profilent. Surtout quand on sait qu’il est prévu de supprimer 4 000 postes pour la rentrée 2026. Toujours la même logique : nous contraindre à faire plus avec moins, mais avec toujours plus de hiérarchie !
Oui, les inégalités sociales existent !
Ces 800 collèges sont généralement des collèges accueillant les situations sociales les plus défavorables. D’ailleurs, 40 % des collèges du 95 seront concernés par ce plan : un record pour l’académie de Versailles.
Avant, il y avait les REP, REP+ et ZEP pour essayer de donner plus de moyens pour ceux qui en avaient le plus besoin, mais peu à peu ces dispositifs sont supprimés ou réduits à peau de chagrin, obligeant les équipes et les élèves à subir des conditions d’enseignement dégradées. De plus, la carte de l’éducation prioritaire n’ayant pas été mise à jour…depuis 2016 (!), beaucoup de collèges qui en relèvent en sont exclus. Quand la situation va mal et que l’Éducation nationale ne peut pas suivre, alors tout se dégrade. Mais pour le ministre et les institutions, il y a toujours une solution à moindre coût pour ne pas créer de postes…
Le plan 800 collèges : ce que l’on en sait aujourd’hui
- L’identification des « besoins » : mise en place d’un « diagnostic objectivé par les indicateurs », sans aborder la question des moyens ou de celle de la place de l’enfant. Comprendre : une inspection à 360 degrés qui liera les établissements à une feuille de route prescriptive pour répondre à des objectifs contraignants.
- Le contrôle de la hiérarchie : une fois tout cela fait, la hiérarchie — inspecteurs, CPC, DSDEN… — viendra contrôler si les objectifs sont atteints. Et si les équipes n’arrivent à atteindre les objectifs fixés par la hiérarchie, elles subiront par exemple des formations obligatoires ! Une logique managériale déjà mise en place dans le premier degré pour les écoles dont les élèves obtiennent de mauvais résultats aux tests de positionnement, et dixit l’inspection : « vous êtes là car vous êtes de mauvais élèves » (citation non tronquée lors d’une une réunion convoquée dans le 95). Par ce procédé, d’une part les inégalités sociales sont gommées, d’autre part si on n’arrive pas à faire mieux avec moins, la faute sera rejetée sur les personnels, les familles, mais en aucun cas sur ceux qui détruisent l’Éducation nationale !
Leur objectif n’est pas de mieux vivre le collège. Il est d’atteindre une espèce de soupe pédagogique validée à coups de compétences (pour l’emploi), dont la valeur intellectuelle ne repose que sur l’illusion que la compétence comme élément isolé dépasserait le savoir global et le bien-être de l’enfant. C’est aussi un moyen de décorréler échec scolaire et inégalités sociales, tout en renvoyant à la responsabilité individuelle (des élèves, des personnels, des familles).
Leurs propositions : tutorats, devoirs faits, demi-groupes pour des objectifs précis, co-intervention pour des tâches complexes… En clair, mettre un pansement sur une jambe de bois. Mais rien sur les effectifs qui augmentent chaque année ni sur les postes qu’il faudrait créer. Le seul élément où il semble potentiellement y avoir de l’argent serait le fond social. Le reste, on fera sans !
Une attaque, en réalité, contre toutes et tous dans ces zones
L’objectif du ministère est de remettre en place des contrats ou des plans pluriannuels permettant d’évaluer les établissements pour les mettre au pas par, une remise en cause de la liberté pédagogique. Mais il n’y aura pas que les collèges qui seront concernés : dans le texte du ministère, ils abordent aussi les écoles et les lycées de la zone. A quoi bon dépenser de l’argent pour de « mauvais élèves » dans une période d’austérité ?
Préparer la mobilisation !
Oui, il est vrai que ces zones ciblées ont des besoins particuliers, mais avec les suppressions de postes qui se succèdent d’année en année, ce sont bien des moyens pour toutes et tous qu’il faut ! De l’argent, il y en a : on nous parle de coupes budgétaires, mais l’État dépense des milliards d’euros pour l’armée, pour la police… Sans parler de l’argent « non magique » que l’État ne récupère pas avec les exonérations fiscales aux entreprises, qui s’élèvent à 200 milliards d’euros.
Il faut donc se battre pour refuser ce plan et exiger des moyens à la hauteur de tous nos besoins. Cela ne passera pas par une mobilisation établissement par établissement, ni par des collèges seuls, mais bien par l’ensemble de l’Éducation. Nous avons tous des revendications budgétaires, de postes, de moyens, concernant l’inclusion ou le sens au travail… Ces revendications sont plus justes que leurs velléités. Il est donc temps de discuter entre collègues, dans les bassins, en vue de la préparation d’une grève massive
