Analyse de la CGT Educ’action 95, issu du journal départemental n°12
Contrairement au mythe souvent entretenu, l’État n’est pas une institution neutre au dessus des classes sociales. Il est au contraire un instrument partisan construit par des siècles de domination de classe et conquis par la bourgeoisie depuis 1789. S’il est possible d’obtenir des conquis sociaux et démocratiques en son sein – comme le Régime Général de la fonction publique que nous défendons –, il reste en dernier recours au service des intérêts de la classe dominante qui détient le pouvoir politique et économique. La répression de l’État contre le mouvement social en est l’une des expressions.

Récemment, cette répression s’est exercée contre les travailleuses et travailleurs engagé·es pour le retrait de la contre-réforme des retraites en 2022. Plus de 1000 syndicalistes ont été condamnés par la justice de classe. Cette même répression s’exerce aussi contre les militant·es internationalistes et antifascistes. En effet, ces militant·es s’interposent de facto à l’action de l’État qui défend les intérêts de la grande bourgeoisie impérialiste. La répression contre le mouvement de soutien à la Palestine en est l’illustration.
Le cas le plus emblématique de cet acharnement étatique est l’emprisonnement de Georges Ibrahim Abdallah depuis plus de 40 ans. Georges est un militant communiste anti-impérialiste enfermé dans les geôles françaises parce qu’il a participé à la lutte contre l’occupation israélienne au Liban de 1978 à 1982. A la suite d’un procès tenu sans que les preuves réelles de son implication n’aient été démontrées selon son avocat J.L Chalanset, il a été condamné en 1987 à la perpétuité et emprisonné par la justice française. Il est libérable depuis 1999 mais l’État français fait ouvertement obstruction pour le maintenir emprisonné, y compris lorsque la justice ordonne sa libération en 2013. Manuel Valls en qualité de ministre de l’intérieur avait alors refusé de signer l’arrêté d’expulsion à la demande des États-Unis, empêchant sa libération. Georges Ibrahim Abdallah est le plus vieux prisonnier politique en Europe, il est un symbole universel de résistance. Il est impensable pour les puissances impérialistes occidentales – dont l’État colonial israélien est la pointe avancée au Moyen-Orient – qu’il soit libéré. Grâce à la mobilisation importante et croissante depuis des mois maintenant, notamment par des organisations syndicales, sa libération semble proche, bien que la cour d’appel de Paris ait une nouvelle fois repoussé sa décision au 19 juin 2025.
Cette répression de dimension internationale, sous-traitée à l’État français, se répercute aussi dans la répression contre des militant·es antifascistes résolus. C’est le cas de Gino, militant albanais, incarcéré par la France depuis le 12 novembre 2024 à la demande du régime hongrois. Son tort ? Avoir lutté concrètement contre le fascisme. En Hongrie, où le réseau néo-nazi Blood & Honour (dont le nom est tiré de la devise de la Jeunesse Hitlérienne) organisait le 10 février 2023 un concert à la suite d’un défilé d’hommage aux nazis de 1945, avec la bienveillance des autorités, une rixe a éclaté à la sortie du concert. A la suite d’affrontements, deux militants néo-nazis furent blessés. Gino est soupçonné d’avoir participé à ces affrontements. Il risque 16 ans de prison s’il était livré à la Hongrie de Viktor Orban. S’interposer physiquement à des nazis ultra-violents est en effet un crime dans ce pays où l’on organise en grande pompe des procès en soi-disant « terrorisme antifasciste », sans aucun respect du droit à la défense équitable. Il est inacceptable que la France se mette au service d’un régime fascisant !
Fidèle à ses orientations internationalistes et antifascistes, la CGT Educ’action 95 défend la libération de Georges Ibrahim Abdallah comme celle de Gino ! En effet, notre syndicalisme s’inscrit dans le champ de la lutte des classes, donc en opposition au système capitaliste. C’est pour les intérêts capitalistes que l’État casse l’Éducation publique, qu’il pratique et soutient l’impérialisme en asservissant des peuples du monde, qu’il réprime notre camp social.
Preuve que le système capitaliste forme un tout, la répression patronale peut s’ajouter à la répression étatique (ou vice-versa). Notre camarade Timothée Esprit en a fait les frais. Ouvrier et syndicaliste à Toray-CFE, il a été licencié pour son soutien affiché (sur Facebook!) à la résistance communiste palestinienne. En réalité, pour le patronat de la boite, il s’agit de faire d’une pierre deux coups pour se débarrasser d’un syndicaliste combatif, après avoir essayé de l’inquiéter ou de le licencier à maintes reprises, lui et d’autres militant·es CGT de l’usine. Le patronat est tellement radicalisé que son licenciement est prononcé alors qu’il est salarié protégé, du fait de ses mandats syndicaux au sein de la fédération Chimie CGT. Face à cette répression inédite, dès sa convocation en vue de son licenciement, des grèves avaient éclaté sur les sites du groupe mais aussi dans d’autres entreprises du secteur. 500 syndicalistes étaient également réunis à Pau le 8 janvier pour le soutenir. D’autres rassemblements étaient organisés partout en France. Le 6 mars, la justice a exigé sa réintégration au sein de l’entreprise. La CGT Educ’action 95 est solidaire de Timothée Esprit et salue cette victoire permise grâce à la mobilisation !
Liberté pour Georges Ibrahim Abdallah, Gino et tous les réprimés ! Réintégration de tous les travailleurs qui subissent la répression ! L’internationalisme n’est pas un crime !
A l’heure où la répression se multiplie, au point qu’une députée européenne est menacée par des ministres de déchéance de nationalité, faisons front contre la répression !
