Syndicat unifiant tous les personnels de l’Éducation nationale du Val-d’Oise, de la maternelle au lycée.

Parcoursup : pour les personnels comme pour les élèves c’est toujours non !

Après 7 années de fonctionnement, le ministère de l’Éducation se félicite des nombreuses améliorations telles que la refonte du site et l’apport d’informations essentielles au choix des lycéens. Ne nous leurrons pas face à ce rafistolage : le bateau Éducation nationale prenait l’eau, la coque s’enfonce toujours.

Revenons rapidement sur les différentes raisons de refuser le système de Parcoursup.

Premièrement, les conséquences psychologiques sur les élèves ont fait l’objet d’études qui désignent bien ce système opaque et fondé sur le contrôle continu comme source d’angoisse. Les signes de mal-être et de burn out semblent être en augmentation significative depuis quelques années, en lien avec le manque d’équité, de transparence de la plateforme, ainsi qu’avec la pression liée aux résultats scolaires dès la classe de première (cf thèse d’Aline Vansoeterstede, 2022). Un rapport du sénateur Jacques Grossperrin (28 juin 2023) parle même de « climat anxiogène ».

Ensuite, alors qu’on pourrait attendre d’un système vertueux qu’il vise à réduire les inégalités sociales, celui-ci favorise au contraire les familles disposant d’un capital culturel élevé. La refonte du cycle Première-Terminale autour d’enseignements de spécialité nécessite une réflexion sur l’orientation plus précoce que précédemment et l’élaboration d’une véritable stratégie de choix. Or, les familles les plus défavorisées socialement connaissent moins, dans l’ensemble, le système scolaire français, ainsi que les choix les plus pertinents d’orientation en lycée. En conséquence, les erreurs d’orientation post-bac restent fréquentes, nécessitant pour les élèves de repasser par la plateforme un an après l’obtention de leur bac, et cette fois-ci avec des chances amoindries puisqu’ils ne sont plus prioritaires. Or, les élèves ont le droit de se tromper, d’échouer, et le système doit les aider à trouver leur voie, jouer un rôle de soutien dans leurs démarches, plutôt que leur refuser le droit d’étudier. Pour tout cela, il faut créer des postes, ainsi que des places, que ce soit en licence ou en master car c’est par ce manque que le gouvernement justifie la sélection.

Pour tenter de réduire le plus possible cette inégalité d’accès à l’information des élèves, tout repose désormais sur les professeurs principaux qui n’ont cependant qu’un temps très limité pour définir des parcours professionnels cohérents avec les élèves et qui souvent manquent aussi d’informations concernant les études supérieures. Dans ce contexte, l’opacité de Parcoursup devient donc aussi un frein à la relation entre élèves et enseignants dans la mesure où ces derniers ne peuvent pas donner d’informations claires et précises qui guideraient les élèves.

Enfin, Parcoursup dégrade aussi considérablement la relation entre enseignants et élèves en raison du contrôle continu, puisque chaque note devient un enjeu à part entière et peut faire l’objet d’une contestation. Parcoursup transforme l’enseignant en « prestataire de services » qui donne des bonnes notes pour satisfaire ses « clients », c’est-à-dire l’élève et sa famille. Cette situation nuit à notre travail, à notre santé au travail, ainsi qu’aux apprentissages des élèves. La fonction d’enseignant ne devrait pas être de participer à ce système injuste en prenant part à la sélection des élèves, mais au contraire de les soutenir dans leurs réflexions (qui engagent leur vie professionnelle future !), de les accompagner dans leurs choix, de les guider pas à pas vers une orientation réussie.

Ainsi, il faut repenser le système en profondeur pour permettre à chacun de réaliser ses ambitions sans être freiné par sa condition sociale.

Brève : LA LUTTE DES «SANS-FACS» À NANTERRE
Parcoursup est un carnage tous les ans, l’an dernier sur 917 000 candidats, 283 000 jeunes se sont retrouvés sans affectation. C’est aussi 1 étudiant sur 3 qui se retrouve sans master cette année. Sur la fac de Nanterre, des jeunes refusés à l’université s’organisent et se mobilisent pour exiger l’ouverture de places afin de pouvoir être inscrits. Le Collectif des sans-facs et l’UNEF Nanterre ont déposé des recours gracieux auprès de l’université de Nanterre et demandent depuis début juillet à être reçus par Caroline Rolland-Diamond, la présidente, qui refuse en bloc de les rencontrer. Alors que l’université de Nanterre a toujours eu une tradition d’accueil des étudiants sans-facs et qu’en 2021 ce sont 300 recours gracieux qui avaient été acceptés, ce chiffre a chuté à 169 en 2023, soit une baisse de 44%. Cette sélection est un véritable tri social qui jette en dehors des bancs des facs les jeunes issus des quartiers populaires et issus de l’immigration. Cette présidence qui se dit de « gauche«  est en réalité dans la droite lignée du gouvernement Macron-Barnier : elle renforce la sélection et méprise les sans-facs. Mais les sans-facs et leurs soutiens continuent la mobilisation et sont déterminés à faire pression pour défendre le droit d’étudier. Étudier est un droit, pas un privilège !

Article et brève issu de notre journal départemental (nov-dec 2024)